EDF a bien terminé l’année 2021. L’électricien a profité de la hausse vertigineuse des prix de l’électricité de ces trois derniers mois. Ce qui lui a permis de gagner beaucoup d’argent. Et, cerise sur le gâteau, le 31 décembre, peu avant minuit, l’Union européenne a intégré le nucléaire dans son projet de taxonomie verte, un programme qui permet de classer comme durables les investissements dans l’énergie. Pour la France, dont 67% de l’électricité provient du nucléaire, ce label constitue une excellente nouvelle. La taxonomie a pour objectif de déterminer les leviers d’action du développement durable, d’orienter les investissements privés vers les activités contribuant à la réduction des gaz à effet de serre.

Un enjeu fondamental. Faire partie de cette nomenclature permet, grâce à l’obtention de meilleurs taux de financement, de faire baisser les coûts du capital des futures centrales. Jusqu’à ces derniers jours, la taxonomie n’intégrait pas le nucléaire. Un crève-cœur pour la France qui relance la filière avec des petits réacteurs SMR et de nouveaux EPR. Mais malgré les déconvenues, Paris n’a rien lâché. Ses arguments ? Un, le nucléaire n’émet pas de CO2. Un atout au moment où la priorité est de lutter contre le réchauffement climatique. Deux, les énergies renouvelables qui souffrent de production intermittente ne permettent pas à elles seules de répondre aux besoins en électricité décarbonée.

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“Réveil des consciences sur le nucléaire”

La bataille de la taxonomie fut longue et émaillée de chausse-trapes. En février dernier, le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy s’était insurgé lors d’une audition à l’Assemblée nationale, dénonçant “une aberration” qui conduirait à ne construire des centrales nucléaires dans l’Europe des Vingt-Sept “qu’avec des financements extra-européens puisque la Chine, la Russie, les Etats-Unis ne sont pas soumis au régime de la taxonomie”. Invité ce mardi matin des petits-déjeuners AJEF (Association des journalistes économiques et financiers), le patron d’EDF avait évidemment un autre ton. Il s’est félicité du “réveil des consciences sur le nucléaire” et a rendu hommage aux agences comme le GIEC ou l’Agence internationale de l’énergie qui affirmaient qu’on ne peut gérer la transition énergétique sans l’atome.

Pour Jean-Bernard Lévy, la taxonomie change tout. “Si les nouvelles centrales françaises (EDF évoque 6 EPR pour un coût d’environ 50 milliards d’euros, NDLR) sont financés à taux bas grâce à la taxonomie, ou par des capitaux privés, les coûts de revient de l’électricité iront du simple au double.”

Un bienfait pour la filière

A Bruxelles, deux clans se sont affrontés. Arguant de la dangerosité des déchets, l’Autriche, le Luxembourg, les Pays-Bas et surtout l’Allemagne étaient opposés à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie. La France a de son côté bénéficié du soutien de la Finlande qui vient de démarrer son EPR (le premier en Europe) et des pays d’Europe de l’Est comme la Pologne et la République Tchèque qui misent sur le nucléaire pour réduire leur empreinte carbone. La décision finale, comme souvent à la Commission, a été le fruit d’un compromis. L’Allemagne voulait que la taxonomie soit accordée au gaz. Elle a obtenu gain de cause mais a dû lâcher du lest sur l’atome.

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“Le nucléaire éligible à la taxonomie permettra à EDF d’émettre plus facilement des obligations vertes”, indique Nicolas Bouthors, analyste à AlphaValue. Par ricochet, la taxonomie va aussi rejaillir sur la filière qui emploie 220.000 personnes. Elle bénéficiera aux projets de nouvelles centrales en France et à l’étranger ainsi qu’à la rénovation des réacteurs existants. Notamment les futurs “grands carénages” qui pourraient, à partir de 2025, prolonger certaines centrales du parc français de cinquante à soixante ans. “Grâce à la taxonomie, il y aura davantage de boulot pour tout le monde, se félicite Cécile Arbouille, déléguée générale du Gifen (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire). Aujourd’hui, les 3.200 sous-traitants de la filière réalisent 20% de leur chiffre d’affaires dans le nucléaire. S’il y a davantage de projets, la part du nucléaire dans leur activité va augmenter”. Mais le principal bénéficiaire de l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie reste bien sûr EDF. Lundi 3 janvier, l’action de l’électricien progressait de 2,5% en Bourse.

 

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Comment la filière nucléaire compte profiter du label vert accordé par Bruxelles – Challenges