Un homme regarde le discours télévisé d’Emmanuel Macron sur le résultat des législatives, depuis son domicile à Ciboure (Sud-Ouest), le 23 juin 2022. Un homme regarde le discours télévisé d’Emmanuel Macron sur le résultat des législatives, depuis son domicile à Ciboure (Sud-Ouest), le 23 juin 2022.

Le président de la République a pris acte mercredi 22 juin des « fractures » montrées par le résultat des législatives et assuré vouloir « apprendre à gouverner différemment ». « Aucune force politique ne peut aujourd’hui faire les lois seule », un « fait nouveau », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée de huit minutes depuis l’Elysée, sa première réaction directe depuis dimanche. Souhaitant « bâtir des compromis » (un mot qu’il a prononcé plusieurs fois), Emmanuel Macron a pressé ses opposants de « clarifier » leur positionnement d’ici vendredi soir. Mais cette proposition a été accueillie fraîchement par les oppositions.

Le chef de file de la gauche unie, Jean-Luc Mélenchon, a immédiatement réagi avec scepticisme : « Il est vain de dissoudre la réalité du vote en l’enfumant de considérations et d’appels de toutes sortes ». L’ex-candidat de La France insoumise (LFI) à la présidentielle a estimé que désormais « l’exécutif est faible mais l’Assemblée nationale est forte de toute la légitimité de son élection récente », et appelé de nouveau la première ministre Elisabeth Borne à solliciter la confiance par un vote des députés, et à démissionner si elle ne l’obtient pas. Pour Adrien Quatennens, numéro deux de LFI, « le Parlement, c’est le cœur battant de la démocratie de ce pays. Le blocage c’est lui ».

Olivier Faure, secrétaire du Parti socialiste (PS), a affirmé que « non, les formations politiques n’ont pas à lui répondre jusqu’où elles sont prêtes à aller pour lui donner un chèque en blanc », tandis que Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a jugé le discours « flou ». « Le président dit qu’il veut agir sur le climat, nous ne le croyons pas », a-t-il dit, ajoutant que la Nouvelle Union populaire écologique et sociale ferait des propositions sur le sujet. Pour Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), « après la découverte des services publics en 2020, Macron découvre les vertus du débat parlementaire et le vrai rôle de l’Assemblée nationale en 2022 ! Nous jugerons aux actes ».

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« Il ne peut y avoir de chèque en blanc »

A droite, les réactions n’ont pas été plus enthousiastes. « Il n’y a pas d’alternative aux dialogue et respect évoqués par le président. Mais il ne peut y avoir de chèque en blanc de surcroît sur un projet peu clair », a tweeté le nouveau président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée, Olivier Marleix, ajoutant que les députés LR feraient « la semaine prochaine » des propositions « sur le pouvoir d’achat ».

Valérie Boyer, sénatrice LR a de son côté invité Emmanuel Macron, « qui découvre l’existence de la démocratie parlementaire, à se limiter au respect de la Ve République. En s’opposant, en débattant, en proposant, en votant, le Parlement agira toujours dans l’intérêt des Français ».

Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national (RN) s’est félicité que « l’arrogance d’Emmanuel Macron marque un peu le pas », en précisant que son groupe de 89 députés serait « ferme mais constructif ». « Si la majorité est capable de travailler, sur certains textes, avec le RN, on aura fait un bond en avant énorme », a tweeté Robert Ménard, maire de Béziers élu avec le soutien du RN. Son épouse députée de l’Hérault, Emmanuelle Ménard, a estimé que le « vrai changement » serait que La République en marche « vote » les amendements. « Cela serait un vrai changement par rapport aux cinq dernières années ».

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Un premier ministre « politique »

Damien Abad, ministre des Solidarités a pour sa part jugé que le président avait « fixé un cap clair : agir ensemble, en responsabilité pour la France et l’ensemble des Français. Dès cet été, nous avons le devoir d’agir pour le pouvoir d’achat, le progrès social, la sécurité, la santé et l’écologie ».

Mais les doutes n’épargnent pas la majorité. François Bayrou, le président du MoDem, pense qu’il « faut chercher des compromis et gouverner autrement » face à « une crise démocratique majeure », mais il ajoute que « l’idée qu’il suffit de recréer une majorité qui n’a pas été donnée par les électeurs » n’est « pas possible ». Il a également laissé entendre qu’il faudrait changer de première ministre : « les temps exigent que le premier ministre ou la première ministre soit politique, qu’on n’ait pas le sentiment que c’est la technique qui gouverne le pays ».

Elisabeth Borne, qui avait précédemment appelé les députés de sa majorité réunis au Palais-Bourbon à « dépasser nos cadres habituels », elle recevra la semaine prochaine les présidents de groupes de l’Assemblée. Une façon pour l’exécutif de montrer qu’elle reste pour l’heure en poste, même si sa situation paraît précaire.

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Le Monde avec AFP

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La main tendue d’Emmanuel Macron accueillie fraîchement par les oppositions – Le Monde
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