Le clip de campagne d’Eric Zemmour décortiqué : 114 séquences « empruntées » et quelques contresens – Le Monde

Depuis sa mise en ligne, mardi 30 novembre, la vidéo dans laquelle Eric Zemmour se déclare candidat à l’élection présidentielle a été visionnée plus de 2,6 millions de fois. Assis à son bureau, le polémiste d’extrême droite déroule ses arguments de campagne en utilisant de nombreuses images extraites de films, de concerts ou de reportages, censées appuyer son propos.

Surpris, pour ne pas dire choqués, par la récupération à des fins politiques de leurs œuvres par l’ancien chroniqueur condamné deux fois pour provocation à la haine raciale, plusieurs propriétaires et ayants droit des images utilisées sans leur accord ont annoncé leur intention d’engager des poursuites.

Décryptage : Article réservé à nos abonnés Eric Zemmour candidat à la présidentielle dans un clip qui fait hurler les ayants droit des images

L’Agence France-Presse (AFP), dont plusieurs reportages vidéo ont été utilisés sans autorisation, a dit se réserver « la possibilité d’engager des poursuites », tout comme Gaumont, qui détient les droits du film Jeanne d’Arc de Luc Besson diffusé dans le clip de campagne. France Télévisions, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et Radio France ont déclaré conjointement : « Il conviendra qu’Eric Zemmour s’acquitte des droits des images reprises comme tout le monde. » France 24 va envoyer une mise en demeure à l’équipe du candidat pour exiger le retrait de ses images. Le HuffPost (appartenant au groupe Le Monde), dont deux reportages vidéo ont été utilisés sans accord préalable, a « décidé d’engager une procédure dans les plus brefs délais contre le désormais candidat, afin de faire cesser la diffusion de ces images ».

En tout, une dizaine de médias et de sociétés de production ont signalé la vidéo de campagne de M. Zemmour à YouTube. Mais la plate-forme vidéo, détenue par Google, a annoncé jeudi à l’AFP qu’elle n’avait pas « la possibilité, sur la base du droit européen, de retirer dans l’immédiat cette vidéo pour violation des droits d’auteur ». YouTube affirme avoir demandé aux sociétés qui l’ont sollicité des « précisions qui pourraient inverser cette décision ». La plate-forme a toutefois ajouté une limite d’âge au clip de M. Zemmour en l’interdisant aux mineurs en raison des images violentes.

Vingt-huit secondes de films et séries

L’analyse détaillée des six cent onze secondes de cette vidéo nous a permis de repérer 114 séquences dont les images n’appartiennent pas au candidat d’extrême droite et d’identifier une quarantaine de propriétaires.

Ces reprises totalisent 39 % du temps de la vidéo. Le reste est constitué d’images de M. Zemmour lisant son discours, face caméra (28 %), ou d’images tournées lors de ses meetings (33 %).

Parmi ces 114 séquences glanées sur le Web, on trouve une minute et trente-cinq secondes d’images liées à l’actualité (46 séquences en tout), la plupart produites par des entreprises de presse : dix-sept proviennent de France Télévisions, au moins six du site de l’INA, au moins trois du service vidéo de l’AFP, deux du HuffPost.

Plus étonnant pour une vidéo politique, on trouve vingt-huit secondes (découpées en quatorze séquences) en provenance directe de films ou de séries – de Claude Sautet à Luc Besson en passant par Jean-Luc Godard –, mais aussi quatre secondes (en quatre séquences) de concerts, parmi lesquels ceux de Barbara et de Georges Brassens, dont les convictions politiques étaient à l’opposé de celles de M. Zemmour.

Lire la chronique de Michel Guerrin : Article réservé à nos abonnés « Le clip de campagne électorale d’Eric Zemmour exacerbe un phénomène maintes fois vérifié : la culture n’est jamais un sujet de propositions, elle est instrumentalisée »

Des contresens et des séquences détournées

En remontant à la source de ces 114 plans « empruntés », d’étonnants contresens apparaissent entre le contexte originel des images choisies et le discours que déroule Eric Zemmour :

  • Le candidat présente la France comme un « pays à la fois littéraire et scientifique » (à 1 minute 52) sur les images d’une sortie dans l’espace d’un astronaute de nationalité américaine, Randy Bresnik, filmant une opération d’installation de nouvelles caméras sur la Station spatiale internationale en 2017.
  • Il évoque la « disparition de notre civilisation » (3 min 42), en s’appuyant sur les images de la destruction de l’église Saint-Jacques d’Abbeville, en 2013. Or, cette démolition d’église n’est pas un acte volontairement antichrétien, mais répond à des impératifs de sécurité : l’édifice, vétuste et mal entretenu, s’est dégradé rapidement. A la suite de la chute d’une gargouille du clocher sur la nef en 2004, il a fait l’objet d’un arrêté de mise en sécurité pour danger immédiat.
  • Par ailleurs, M. Zemmour diffuse également la vidéo d’une statue équestre de Napoléon, décapité, et soulevée par une grue, pour appuyer son propos : l’image rappelle des déboulonnages aux Etats-Unis de statues de personnages historiques contestés (par exemple pour leurs activités esclavagistes). En réalité, il s’agit du démontage de la statue de Napoléon à Rouen pour restauration.
  • Le candidat d’extrême droite vante le patrimoine naturel de la France (4 min 34) en l’illustrant par des montagnes non identifiées, extraites d’un clip publicitaire de la marque italienne Sergio Tacchini.
  • Enfin, il utilise des images prétextes de maillets (5 min 15) lorsqu’il propose de reprendre le pouvoir « aux juges qui substituent leur férule juridique au gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». Mais, contrairement aux magistrats américains, les juges français n’utilisent jamais de marteaux pour prononcer les jugements.

Retrouvez dans le tableau ci-dessous les séquences que nous avons identifiées :

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Le clip de campagne d’Eric Zemmour décortiqué : 114 séquences « empruntées » et quelques contresens – Le Monde
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