Le management hybride va accélérer l’innovation managériale. Une innovation qui pourrait prendre la forme d’un management constitutionnel. Pourtant, au-delà de la forme qui pourrait être la sienne, la question du management hybride est d’abord intéressante pour les enjeux qu’elle pose. Des enjeux qui vont être pour nous tous l’opportunité d’inventer autre chose.

Si ce qu’on appelle le management hybride n’en est qu’à ses prémices, nul besoin d’être prophète pour pressentir qu’il sera une source d’accélération pour l’innovation sociale dont la remise en question de la notion de contrat de travail, et du lien de subordination qui en résulte. Plateformes de freelances ou de portage salarial en sont sans doute une forme initiale.

Car, ne nous y trompons pas. La question sous-jacente au management hybride est celle de la pertinence des bureaux, dans leur forme actuelle, dans un contexte de généralisation du self-management. Dans cette configuration, chacun devient en effet son propre patron, l’incarnation de sa propre entreprise, hébergée au sein d’une plateforme de portage salarial par exemple.

Un effet viral

Sans aucun doute, on peut affirmer que la pandémie du COVID-19 est à l’origine de l’émergence de la question du management hybride. La prégnance du sujet en fait aujourd’hui un incontournable pour toutes les entreprises qui s’interrogent sur la meilleure manière d’adresser leurs enjeux organisationnels et business.

Car, disons-le, globalement, le télétravail et plus généralement l’organisation du travail dans les entreprises, s’est plutôt bien passé pour une large majorité. A tel point qu’on peut aujourd’hui affirmer que le travail hybride, entre chez soi et le bureau, en présentiel ou en distanciel, est là pour durer et se généraliser. Notre modèle de travail s’est vu redéfinir. Pour preuve, d’une situation avant COVID où le télétravail représentait 7 % des personnes, il concerne désormais un tiers d’entre nous.

Quelle onde de choc anticiper ?

La question est simple : sommes-nous à l’aune de l’émergence d’un nouveau modèle de travail voire un nouveau contrat social ? Bien entendu, gardons à l’esprit que certains métiers ne pourront être concernés en l’état par la généralisation du management hybride. En particulier tous ceux qui travaillent dans les secteurs primaires et secondaires. Pour autant, même dans ces secteurs, une partie des équipes, cadres et administratifs, seront en mesure de goûter à cette nouvelle forme de management des organisations. Idem pour tous ceux qui ne disposent pas chez eux de conditions leur permettant de travailler à distance.

Cela étant, alors même qu’un grand nombre de personnes sont d’ores et déjà concernées, on voit poindre simultanément d’autres problématiques qui obligent à s’interroger et à prendre le recul qui s’impose pour adapter cette situation mouvante aux aspirations nouvelles de beaucoup. Comme tous ces cadres qui aujourd’hui font part d’une forme de mal être et ne souhaitent plus manager. Or, ce management hybride, qui enlève de la proximité et apporte un supplément de complexité vient renforcer, à sa manière, ce ras-le-bol du management.

Rien d’étonnant à tout cela puisque les êtres humains se caractérisent, entre autres, par leurs besoins sociaux, de sociabilisation. Ils veulent par ce biais développer leur sentiment d’appartenance. Dans l’entreprise, cela se matérialise par des échanges à la machine à café, les séminaires où chacun est invité à se dévoiler et à bâtir des relations qui vont au-delà du cadre strict du travail. Avec comme objectif pour l’entreprise de créer du lien, une dynamique de groupe.

Ce sont toutes ces occasions qui se voient remises en question ou simplement restreintes. D’où la question qui en découle : par quoi cela peut-il être remplacé pour répondre à des besoins qui restent malgré tout prégnants. Autre conséquence de ce changement de donne : l’augmentation de la charge cognitive de chacun. La multiplication des outils induits, des canaux de communication fait qu’il y a une masse d’information supérieure à celle nécessaire auparavant. Or, tous ne sont pas forcément en mesure de faire face. Une surcharge qui, mal gérée, peut conduire à un surplus, des burnouts.
Réinterroger certains concepts

Cette situation nouvelle nous conduit naturellement à nous interroger sur des fondamentaux qui ne semblaient jamais devoir être remis en cause. C’est pourtant ce qui se passe avec le premier d’entre eux : le bureau.

Au travers de la notion de bureau, c’est celle du travail qui est en train de changer. Nous passons d’un modèle mental où travailler signifie « aller au bureau » pour faire ses heures et son travail, à un modèle qui est construit sur la création de valeurs, peu importe où chacun se trouve. Une situation pas simple à gérer pour beaucoup d’entre nous, même si cela induit plus de liberté pour chacun.

Le changement est de taille. Et pour cause, il s’agit ni plus ni moins d’une transformation radicale, d’une hybridation du monde du travail. Le concept de bureau est devenu « has been ». Cet espace, il faut le réinventer et s’interroger sur sa nécessité.

Quels sujets privilégier désormais ?

Le premier sujet qui vient à l’esprit, du fait de son importance, est celui des besoins sociaux. Vient ensuite celui du « confort logistique ». Et pour tous ceux qui ne bénéficient pas de conditions adéquates, pourquoi ne pas leur proposer, par exemple, de leur mettre un espace à disposition dans un lieu de coworking inter-entreprises. Idem pour ceux qui doivent nourrir leurs besoins sociaux en se déplaçant, pourquoi ne pas prendre en charge les coûts relatifs à leurs déplacements ?

On le voit, le bureau, le fameux open-space ne sont plus une réponse adaptée aux enjeux du monde du travail. D’autres solutions doivent être trouvées pour atteindre un nouvel équilibre répondant à de nouvelles contraintes et à de nouvelles aspirations.

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Le management hybride va booster le self-management et l’innovation sociale – JDN
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