Publié le 1 déc. 2021 à 8:00

« Quel laboratoire, quelles opportunités ! » exulte Michael Mahut. En 2018, ce passionné de vélo a fondé le réseau Agilenville qui a absorbé en juillet son concurrent marseillais Rexcargo après avoir ouvert deux bureaux à Lyon et Nice. Désormais, ce sont plus de 50 de ses salariés qui sillonnent les artères des trois métropoles pour acheminer chaque mois quelque 500 tonnes de marchandises, essentiellement les livraisons de courses réalisées à Carrefour Market. L’entreprise réalise ainsi 10.000 tournées mensuelles qui vont lui rapporter cette année un chiffre d’affaires de près de 1 million d’euros.

Marseille où est née cette start-up des nouvelles logistiques urbaines offre, en effet, un terrain d’expérimentation hors pair. A elle seule, la zone Aix-Marseille concentre 93 % des flux de marchandises liés aux activités portuaires et agricoles du département. Pas moins de 50.000 véhicules utilitaires légers classés parmi les plus polluants – Crit’air 4 et 5 – parcourent ainsi des centaines de kilomètres chaque jour pour approvisionner les consommateurs. L’explosion de l’e-commerce a compliqué un peu plus la donne.

A la force des muscles

« Au moins 5 colis sont livrés par foyer chaque semaine. On estime qu’il y en aura environ 17 à l’horizon 2025 », anticipe Marc Dufour, directeur de la Somimar qui supervise le marché d’intérêt national (MIN) des Arnavaux qui alimente la Cité phocéenne. A l’échelle nationale, la livraison urbaine utilise le cinquième du trafic motorisé. Elle occupe le tiers de la voirie et est à l’origine de plus du quart des émissions de gaz à effet de serre en ville, selon les chiffres publiés par le Comité d’analyse stratégique. C’est dire le boulevard qui s’ouvre aux start-up du transport doux.

Dans les roues d’Agilenville, plusieurs entreprises ont pris les pistes cyclables pour cibles de leur business, et transportent tout à dos de maillons de chaînes : des marchandises, des colis, des courses d’entreprises, mais aussi des échafaudages et des cartons de déménagement ! Grâce à des vélos de plus en plus performants, équipés d’une propulsion électrique, la bien nommée « Toutenvélo » peut déplacer jusqu’à 300 kg de marchandises avec deux mollets motivés.

« En France, le trafic des véhicules utilitaires légers de livraison a augmenté de 57 % depuis 1990, avec des émissions de gaz à effet de serre en hausse de 38 % », défend l’entreprise qui a choisi un mode de franchise en mode Scic (Société coopérative d’intérêt collectif), un modèle d’entreprise qui privilégie le caractère d’utilité sociale et la participation des salariés, pour visser aux pédales sa volonté d’impact environnemental et social.

Deki organise les tournées

Assainir l’atmosphère urbaine, c’est aussi le but de la start-up marseillaise Deki, pour « dernier kilomètre », qui se décrit comme commissionnaire de transport en zone de faible émission. Lauréate de l’appel à projets Transition économique et écologique des entreprises, elle rassemble les besoins des chargeurs que son algorithme organise en tournées optimales tenant compte des produits à transporter, des destinations et des contraintes horaires de livraison.

Avec ces informations, les transporteurs à deux roues non motorisés abonnés au service peuvent mieux prévoir leur activité quotidienne et économiser les muscles de leurs livreurs. Un test grandeur nature avec le centre commercial Les Terrasses du Port doit permettre de valider le modèle sur la période tendue des fêtes de fin d’année. La fondatrice de l’entreprise, Béatrice Leduby, espère 4 millions de revenus tirés de son intermédiation d’ici à 2023.

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Rouler propre : le difficile défi de Marseille – Les Échos
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