La «start-up» comme outil de redistribution de la richesse – Le Devoir

La création d’entreprises a beaucoup changé ces vingt dernières années, si bien que, de nos jours, on entend surtout parler de « jeunes pousses » censées révolutionner des pans entiers de l’économie mondiale. Ambition louable pour des entrepreneurs qui ne doivent pas perdre de vue l’essentiel : une start-up est un modèle d’affaires inclusif, à sa manière, où tous les membres devraient bénéficier d’une prise de valeur astronomique, le cas échéant.

C’est un peu pour cela que Jean-François Gauthier a créé l’organisme Startup Genome, qui répertorie chaque année les villes où les jeunes pousses sont les plus dynamiques et prospères. Et si ce qu’a à dire l’homme d’affaires établi en Californie à propos de Montréal et du Québec est encourageant, cela peut aussi servir de leçon d’humilité.

Montréal et ses jeunes pousses

Le Startup Genome est un organisme fondé en Californie par un Montréalais d’origine qui souhaitait dresser le portrait mondial de ce qu’on appelle « l’écosystème start-up ». Quiconque s’intéresse à l’économie et à la technologie est familiarisé avec la Silicon Valley, d’où sont issus des géants technologiques comme Google, Facebook et Apple. Existe-t-il d’autres Silicon Valley à l’extérieur de la Californie et, si c’est le cas, comment se comparent-elles à l’originale ? Le Startup Genome répond annuellement à cette question. Il classe Montréal au 31e rang mondial de ces écosystèmes, un léger progrès par rapport aux années passées. Un petit exploit, observe Jean-François Gauthier.

« Dans l’ensemble, Montréal se classe très bien. La métropole doit se frotter à d’autres très grandes villes qui comptent presque autant d’habitants que le Québec. Tokyo, Singapour et Séoul sont des villes énormes. Montréal a aussi eu à subir un sous-investissement gouvernemental important ces dix dernières années, si on la compare à ces autres villes. Mais c’est en train de changer. Et la ville commence à mieux profiter de sa proximité avec d’autres grands pôles technologiques nord-américains, comme Boston et New York. »

Le réseautage nord-américain

On parle souvent du Canada comme du pays des deux solitudes, une francophone concentrée au Québec et l’autre anglophone, davantage tournée vers le reste de l’Amérique du Nord. Cette proximité culturelle avec les États-Unis avantage les entrepreneurs de Toronto qui se lancent dans les entreprises technologiques, puisqu’il n’existe à peu près aucune barrière linguistique ni culturelle. Toronto compte aussi sur la région de Waterloo, où BlackBerry, malgré sa déconfiture des dix dernières années, a créé un épicentre de R et D en nouvelles technologies. Le milieu montréalais des affaires ne manque pour autant pas d’alliés ailleurs sur le continent…

« Les gens d’affaires aux États-Unis n’entendent à peu près jamais parler de Montréal, mais connaissent bien Toronto. La réputation de Montréal dans la Silicon Valley est très mince et, pourtant, les relations internationales sont cruciales pour avoir du succès en technologie. » C’est ce qui aide les jeunes pousses à croître rapidement. Heureusement, il n’existe pas seulement la Silicon Valley. Montréal peut regarder du côté de New York, et même de Londres ou de l’Europe, où elle a probablement meilleure réputation que Toronto. Cela explique pourquoi des fonds d’investissement comme Rho Ventures et Garage Capital sont présents à Montréal et absents à Toronto.
 

Le Québec inc. et l’innovation

Le terme « innovation » est un de ces mots qui peut être utilisé à toutes les sauces. Bien des grandes entreprises se le sont d’ailleurs approprié pour projeter une image de société innovante et à l’avant-garde de son industrie. Et pourtant, les relations entre les entreprises du Québec inc. et les plus jeunes entreprises technologiques québécoises sont encore aujourd’hui plutôt tièdes, constate le fondateur du Startup Genome.

« Il faut se rappeler qu’à la base, les start-up sont des sociétés rivales des grandes entreprises puisqu’elles ont pour mission de secouer des industries entières. Pour une entreprise plus traditionnelle comme Bombardier, la culture d’une start-up est très difficile à intégrer. C’est normal, mais c’est en train de changer. On le voit du côté bancaire où les technologies financières [fintechs] ont fait réagir les institutions, qui tentent à leur tour d’innover. Mais le principal défaut des grandes sociétés est que, trop souvent, elles ignorent les jeunes pousses issues de leur propre localité. Plusieurs sociétés allemandes et asiatiques envoient des représentants en Californie, alors qu’elles n’ont aucune idée qu’il existe des technos dans leur propre pays. »

Les licornes

Une licorne est une entreprise créée depuis quelques mois à peine dont la valeur surpasse soudainement le milliard de dollars. On en compte quelques-unes à Montréal, dont la spécialiste du voyage Hopper. Il semble se créer chaque semaine une nouvelle licorne en Californie, si bien qu’on peut avoir l’impression qu’il est plus avantageux de fonder une nouvelle entreprise dans certaines villes plutôt qu’ailleurs. Pourquoi ?

« Le modèle de financement d’une jeune société techno est assez uniforme. Une ronde de série A (qui en principe représente le premier investissement important par capital-risque dans une entreprise) est la même chose partout. On compte cependant des fonds d’investissement dix fois plus gros aux États-Unis qu’au Canada. Ils sont aussi plus nombreux et ils disposent ces jours-ci de beaucoup de capital. Pendant ce temps, le nombre de nouvelles entreprises lui n’a pas vraiment augmenté. Alors, les chèques qu’ils remettent aux sociétés financées représentent de plus gros montants, ce qui fait monter plus rapidement la valeur de leur marché. Cela dit, l’investissement n’est pas juste une affaire d’argent. Il faut aussi de l’accompagnement. C’est ce qui est en train de se bâtir au Québec et c’est ce qu’il l’aide à se démarquer », conclut M. Gauthier.

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